La Nouvelle monadologie, 1899 PDF

Si ce bandeau n’est plus pertinent, retirez-le. En pratique : Quelles sources sont attendues ? Son œuvre est aujourd’hui redécouverte et fait l’objet d’une réédition complète la Nouvelle monadologie, 1899 PDF la collection  Les empêcheurs de penser en rond  sous la direction d’Éric Alliez.


Gabriel Tarde naît le 12 mars 1843, dans une famille de juristes. Parallèlement à cette carrière de magistrat, Tarde entre en relation avec l’école criminaliste de Cesare Lombroso, mais très tôt il devient l’un des plus farouches adversaires de ce groupe. Il rejette en effet la théorie de l’origine physique de la criminalité, lui préférant l’aspect sociologique et psychologique. Cette polémique n’est cependant pas ce qui le rend célèbre : c’est la parution de ses Lois de l’imitation en 1890 qui le fait connaître des milieux intellectuels. Il participe alors à la Revue philosophique de France et de l’étranger de Théodule Ribot, ainsi qu’à la Revue internationale de sociologie de René Worms. Gabriel Tarde fait paraitre de nombreux ouvrages, et ne se limite pas aux textes sociologiques et philosophiques. Il reste par ailleurs discret sur le plan politique, notamment au moment de l’affaire Dreyfus.

Sur le plan disciplinaire, la pensée sociologique de Tarde a été largement éclipsée au profit de celle de l’école durkheimienne. Son influence reste toutefois prégnante chez de nombreux auteurs et au sein de nombreux courants de la sociologie. D’autres penseurs, tels Peter Sloterdijk et Bruno Karsenti, revendiquent l’héritage de Tarde. En 2005, dans Changer de société. 1903, sa santé déjà si fragile se dégrade et Gabriel Tarde meurt à Paris le 12 mai 1904, remplacé par Henri Bergson à la chaire de philosophie moderne du Collège de France où il professait depuis 1900. L’histoire de la philosophie nous apprend à distinguer deux genres de penseurs. Il en est qui choisissent leur direction et qui marchent méthodiquement au but, s’élevant, de degré en degré, à une synthèse voulue et préméditée.

Il en est d’autres qui vont, sans méthode apparente, où leur fantaisie les mène, mais dont l’esprit est si bien accordé à l’unisson des choses que toutes leurs idées s’accordent naturellement entre elles. Tarde propose deux notions pour expliquer les mouvements sociaux : l’imitation et l’invention. Chacun imite ce qu’il admire, ce qu’il juge bon et capable de lui servir de modèle, mais agence, de manière originale, par leur mélange, les imitations choisies à plusieurs sources. Ainsi l’Histoire se présente comme une succession de flux imitatifs différents, une succession de modèles aptes à susciter une imitation par un grand nombre d’individus. Par croyance Tarde entend désigner le crédit qu’un individu peut porter à un ensemble de représentations, à une personne qui les véhicule, à un système de valeur particulier.

Tarde dit encore, dans Essais et mélanges sociologiques :  Ma pensée à cet égard se résume dans le double énoncé suivant, qu’il serait trop long de développer : 1. Au fond des phénomènes internes, quels qu’ils soient, l’analyse poussée à bout ne découvre jamais que trois termes irréductibles, la croyance, le désir, et leur point d’application, le sentir pur, – extrait, par abstraction et hypothèse, de l’amas de propositions et de volitions où il se trouve engagé. Tarde avance ici l’idée qu’il n’y a pas de contradiction entre présenter les mouvements globaux de la société et placer, à la base d’une réflexion sur celle-ci, un individualisme radical. C’est que la sociologie de Tarde est une microsociologie, en ce sens qu’elle repose sur des mécanismes psychologiques individuels, et laisse donc à l’individu toute son importance, dans le maillage social et transhistorique. Tarde compare ce processus à une  sorte de château d’eau social d’où la cascade continue de l’imitation doit descendre .

Et si l’élite d’une société, au sommet du  château d’eau , ne propose plus de nouveauté et reste sur ses anciennes  inventions , entendues au sens de Tarde, devenues croyances, traditions pour les  imitants  des classes populaires, alors  on peut dire que sa grande œuvre est faite et son déclin avancé  . Le lien social a donc trois composantes selon Tarde : l’imitation, l’opposition et l’adaptation , ainsi que le résume Denis Touret. Tarde conçoit donc une explication de la société qu’il place en regard d’une explication universelle: développant son raisonnement dans une perspective diachronique, il fait de l’imitation le moteur de l’Histoire, plus encore qu’un simple mécanisme social. Il y a d’abord des innovations ou des découvertes, qui peuvent n’être qu’un perfectionnement, si faible soit-il, d’innovations réalisées auparavant.

L’imitation se propage ainsi par ondulation sur la société, à condition de ne pas rencontrer d’obstacles, telle une pierre qui produit des ondulations une fois jetée dans l’eau. Celles-ci s’étendent avec plus de facilité à mesure que se développent les techniques de communication et de transport. L’imitation forme pour Tarde un cycle, où elle fait d’abord face à une résistance avant qu’il y ait adaptation. Lorsqu’une civilisation en imite une autre, la résistance sera plus grande et l’imitation subira de plus grandes transformations. Dans sa théorie, Tarde laisse peu de place à l’autonomie.