Médecine et crimes contre l’humanité : Le refus d’un médecin, déporté à Auschwitz, de participer aux expériences médicales PDF

Pavillon  médical  de Josef Mengele à Auschwitz. Joseph Arthur de Gobineau et Houston Stewart Chamberlain, construisent le mythe de la pureté de la race qui affirme la supériorité des races pures sur les races dites métissées. La survie médecine et crimes contre l’humanité : Le refus d’un médecin, déporté à Auschwitz, de participer aux expériences médicales PDF la race allemande purifiée relève d’un darwinisme social, où la lutte pour la vie nécessite de sacrifier les faibles et les indésirables.


Pour le Dr Adélaïde Hautval, fille d’un pasteur, alsacien, ce qu’elle appelait les  » valeurs premières  » devait demeurer, quelles que soient les circonstances. Elle eut à les défendre au péril de sa vie lorsqu’elle fut déportée à Auschwitz en janvier 1943, avec deux cent cinquante Françaises, arrêtées dans la Résistance. Actée comme médecin au Block des expériences médicales sur la stérilisation, elle réussit d’abord à ne faire que soulager les jeunes martyrisées, observant scientifiquement les horreurs perpétrées par les médecins SS. Mais quand elle reçut l’ordre de prêter la main aux actes criminels, elle refusa. Elle s’était préparée à cet éventuel refus et à la mort qui s’ensuivrait. Elle fut sauvée de l’exécution par une détenue politique allemande, chef de l’infirmerie. En 1946, elle jeta sur le papier plusieurs épisodes de ce qu’elle avait vécu, mêlés de courtes réflexions sur les drames profonds qui se posaient aux déportés pour maintenir le cap de  » l’inviolabilité et de la primauté de la personne humaine « . Elle ne toucha plus à ses notes pendant une bonne quarantaine d’années. Mais comme elle voyait la violence se réinstaller dans le monde, l’angoisse la poussa à trier ses papiers et à en dactylographier l’essentiel peu avant sa mort. Elle confia son manuscrit à ses camarades de camp qui, grâce au Dr Claire Ambroselli de l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), purent les faire éditer une première fois aux Éditions Actes Sud en 1991.

Le Programme Aktion T4 , qui euthanasie des personnes handicapées allemandes et les malades jugées incurables, est lancé en octobre 1939. Il est étroitement lié avec l’entrée en guerre. Son motif est d’abord économique : il s’agit de libérer des lits d’hôpitaux pour les armées allemandes, économiser de la nourriture et du matériel. La mort de centaines de  sous-hommes  se justifie par la possibilité d’améliorer les chances de survie d’un seul pilote allemand. La plupart des expériences sont menées au nom d’un effort de guerre, en raison d’une urgence nationale permettant de se passer de règles. En allemand, le mot Opfer signifie à la fois  sacrifice  et  victime sacrificielle .

En 1941, après un naufrage qui causa la mort de centaines de personnes, Claus Schilling spécialiste du paludisme, déclara :  Si nous pouvions sacrifier le même nombre de personnes qui viennent de mourir inutilement, il n’y aurait pas de maladie qui ne puisse être vaincue . Expériences de survie en haute altitude, dépressurisation et défaut d’oxygène, de mars à août 1942, plus de 200 victimes. Expérience sur l’hypothermie, survie en eau glacée, de août 1942 à mai 1943, 250 victimes. Expériences sur l’eau de mer potable, ingestion d’eau salée, de juillet à septembre 1944, 40 victimes. Essai de vaccination contre le paludisme, février 1942 à avril 1945, 1100 cobayes humains et nombre inconnu de victimes. Opérations chirurgicales expérimentales parfois inutiles, essais d’alimentation variés, emploi de la mescaline. Dans ce dernier cas, il s’agissait de savoir s’il était possible de stériliser 2 ou 3 millions de juifs pour les utiliser comme main-d’œuvre.

Expériences sur le typhus et autres maladies infectieuses. Il s’agissait d’étudier les crânes et les os pour y trouver les caractéristiques des juifs. Le but étant de remplacer l’histoire biblique des Juifs, par une histoire scientifique et archéologique des Aryens, provenant du plateau central du Tibet, et qui auraient fondé l’Atlantide. Ces expériences sont menées par le Dr Eugen Haagen. Il s’agissait de trouver un vaccin contre le typhus. Ces expériences sont menées par le Dr Otto Bickenbach.

Il conduisit des expériences avec le gaz phosgène sur 15 détenus de droit commun et des tziganes dans la chambre à gaz du Struthof, qui moururent dans d’atroces souffrances. Ces expériences sont menées par Erwin Ding Schuler et Waldemar Hoven. Expériences en grand nombre sur des vaccins ou pseudo-vaccins contre la dysenterie, l’hépatite épidémique, la tuberculose, etc. Nuremberg, celui des hauts dignitaires nazis. 7 autres condamnées à mort et exécutées, 5 à la prison à perpétuité, et 4 à de longues peines de prisons.

Afin de masquer les atrocités commises, la plupart des rapports expérimentaux des camps de concentration ont été détruits avant la libération des camps par les forces alliées. Cependant, une grande masse d’informations a pu être retrouvée, dans le cadre des comptes rendus adressés par les expérimentateurs à Heinrich Himmler. Dire que les travaux nazis n’ont pas de valeur scientifique signifie-t-il qu’ils auraient été acceptables s’ils avaient été bien conduits ? Faut-il faire vraiment deux analyses séparées : éthique et scientifique ?

Philippe Aziz, Les médecins de la mort, 4 volumes, Genève, Famot, 1975. François Bayle, Croix gammée contre Croix caducée, 1950. Nazisme, science et médecine, Paris, Éditions Glyphe, coll. Société, histoire et médecine , 2015, 360 p. La loi du sang penser et agir en nazi, Paris, Gallimard, 2014, 567 p. Laure de Chantal, Hippocrate aux enfers : les médecins des camps de la mort, Paris, Stock, 2015, 211 p.