René Diatkine PDF

Ce texte a servi de base à une conférence donnée le 07 avril 2001 dans le cadre des Amphis de l’A. Introduction Le thème de notre matinée est : « Les aides à l’élève en difficulté : éviter la dépendance, organiser la séparation ». René Diatkine PDF formulation correspond à une façon commune de poser un des problèmes majeurs des relations d’aide, à savoir le risque, réel et constant, de voir l’aide donnée créer chez celui qui la reçoit une dépendance chronique à cette aide.


La figure de René Diatkine est liée au développement contemporain de la psychanalyse des enfants et au changement dans les conceptions de la pratique psychanalytique des années 80. Il montre par sa pratique et ses écrits qu’il est possible de mettre en oeuvre une psychiatrie humaine, dynamique, créative, entièrement inspirée par la méthode psychanalytique. « Copyright Electre »

Je vais pour ma part m’attacher à relativiser une telle prescription qui, dans sa radicalité, me semble menacer la relation d’aide elle-même. Dans les RASED, en regroupement d’adaptation, comme plus encore en rééducation, c’est la question de la fin des prises en charge qui signifie, de façon directe, la dépendance induite par l’aide reçue. Une fin de prise en charge trop précoce ou mal préparée peut effacer en un jour tout le bénéfice de l’aide reçue, parfois de façon irréversible. Problématisation Cela pose le problème de la nature de la relation d’aide. Quelles sont les relations entre aide et dépendance ? Une dépendance normale Il faut commencer par reconnaître que ces questions d’autonomie et d’indépendance sont toujours à relativiser. L’autarcie du sujet humain est un mythe, et fait un bien triste idéal.

Mais cette problématique de la dépendance n’est pas propre à la société française, même si elle prend chez nous des formes souvent risibles dès lors qu’on prend un minimum de recul par rapport à nos passions nationales. Toute relation humaine effective présente au fond une dimension, forte ou discrète, de relation d’aide, avec tous les phénomènes de dépendance et les difficultés de séparation que cela implique. Il faut garder ici à l’esprit que la relation de dépendance peut parfaitement être symétrique, même si ce n’est pas vraiment le cas dans les phénomènes qui nous occupent ici. Des dépendances spécifiques Il faut distinguer de cette dépendance normale, qui est la trame même de la vie psychique et sociale, ce que je propose d’appeler les dépendances spécifiques. Ce sont des dépendances de ce type qui nous occupent ici. Une défaillance de la personne, qui restreint son autonomie, en limitant sa capacité à répondre aux exigences ordinaires du cadre social commun. Cette défaillance intime induit un besoin d’aide de la part des institutions sociales plus important que celui auquel répondent les « aides ordinaires » des institutions à nos « dépendances normales ».

Ce besoin particulier, articulé aux fragilités spécifiques de la personne, enclenche une personnalisation de la relation de dépendance à ces aides spécifiques. La nature même de la relation d’aide étant ainsi définie, il n’est à l’évidence pas question d’éviter la dépendance : il n’y a pas de relation d’aide sans dépendance, sans besoin de cette aide spécifique. Une relation d’aide, loin de devoir d’abord se préoccuper d’éviter la dépendance, doit au contraire commencer le plus souvent par un travail pour « faire émerger » la dépendance, « travailler la demande » comme on dit, pour pouvoir ensuite articuler convenablement une aide à cette demande. Par la suite, la dépendance n’est pas une entrave à la relation d’aide, mais au contraire la trame de fond constante de la relation d’aide, et même son « outil de travail » essentiel. Un des enjeux fondamentaux des regroupements d’adaptation est certainement le travail sur ce savoir solliciter qui fait si cruellement défaut à certains élèves, et spécialement à ceux qui en auraient le plus besoin. Il faut alors, pour rompre ou infléchir un des processus d’enfoncement dans l’échec, travailler à conscientiser, activer et gérer la dépendance normale au cadre scolaire. Il n’y a donc pas réellement opposition entre dépendance et séparation, ni entre aide et autonomie.

C’est, toujours, la dépendance passée qui permet la séparation à venir, l’aide reçue qui prépare la capacité future d’autonomie. Vers l’autonomie La vraie question n’est donc pas de savoir comment éviter la dépendance. Elle est de savoir à quelles conditions la dépendance est bonne, c’est-à-dire productrice au bout du compte d’autonomisation. Ce qui est une autre façon de poser la question des conditions d’une relation d’aide efficace. Question difficile, mais question centrale dans les aides spécialisées, comme en général en éducation.

En milieu familial, par exemple, il est aisé de constater qu’un enfant n’est jamais trop choyé ou trop materné. Les enfants les plus valorisés ne se montrent jamais lassés d’être valorisés. Il n’est jamais ici question de juste quantité. L’intensité et la qualité du maternage déterminent en effet la qualité du narcissisme primaire, de la confiance fondamentale en soi et dans la vie, donc la qualité du sentiment de sécurité, de l’assurance existentielle, de la confiance en soi et dans l’existence. On voit mal comment il pourrait y avoir trop de tout cela.